La montée de l’extrême droite n’est pas une fatalité :
reprendre le terrain rural
Comprendre la progression de l’extrême droite dans les territoires ruraux nécessite de dépasser trois idées très courantes mais beaucoup trop réductrices.
La première voudrait que la « France périphérique » soit la grande oubliée de la mondialisation et de l’action publique, abandonnée au profit des métropoles et des banlieues. Ce serait donc, en définitive, « la faute à l’État ».
La deuxième ferait des médias les principaux responsables de la progression de l’extrême droite : « la faute aux médias ».
La troisième expliquerait le vote d’extrême droite par le seul déclassement socio-économique, qui pousserait les populations rurales à chercher des boucs émissaires : « la faute à la crise », souvent complété par le théorème de « la faute à l’Europe ».
Ces explications ont leur part de vérité. Mais elles ne suffisent pas. Et surtout, elles nous empêchent de comprendre l’essentiel.
Depuis 2017, les classes populaires se partagent principalement entre deux blocs : l’extrême droite, d’un côté, et une gauche profondément divisée, de l’autre. Une tendance se vérifie partout en France : plus une commune est petite, plus le vote d’extrême droite progresse ; plus une agglomération est importante, plus la gauche rassemble. L’extrême droite prospère ainsi dans les villages et les bourgs en promettant le retour à une France idéalisée, une France qui, pour une large part, n’a jamais réellement existé.
Est-ce une fatalité ? Non.
C’est précisément ce que cette campagne sénatoriale en Ariège doit démontrer : une autre voie est possible. Une autre voie est même indispensable, avant que notre département ne connaisse la même évolution que l’Aude ou les Pyrénées-Orientales.
Car l’Ariège n’est pas à l’abri.
La première responsabilité incombe à un système politique qui, pendant trop longtemps, s’est nourri de clientélisme. Depuis la Libération, la domination du Parti socialiste s’est progressivement construite autour d’un fonctionnement dans lequel le conseil départemental a trop souvent été perçu comme un distributeur de ressources publiques. Le « socialisme ariégeois » a ainsi fini par devenir un véritable oxymore.
Les élections législatives de 2024 en ont fourni l’illustration la plus spectaculaire. Élus sous les couleurs du Nouveau Front populaire pour faire barrage à l’extrême droite et porter une alternative au macronisme, les deux parlementaires socialistes ont rapidement renié le mandat reçu des électeurs. Leur ralliement au groupe LIOT – dont l’un est même devenu président –, sans sanction durable de leur parti, puis la nomination de l’un d’eux au gouvernement d’Emmanuel Macron, ont nourri un profond sentiment de trahison, auquel se sont ajoutées des pratiques financières répréhensibles et inadmissibles.
Quand la parole donnée n’est plus respectée, c’est la démocratie elle-même qui se fragilise.
Alors s’installe l’idée que « tous les politiques se valent ». Et c’est précisément sur cette défiance, sur ce « tous pourris » qu’elle sait si bien exploiter, que l’extrême droite prospère.
Mais sa progression révèle aussi l’échec de la droite traditionnelle, incapable de retenir une partie de son propre électorat. Cette réalité est particulièrement frappante en Ariège où, répétons-le, le vote utile s’est longtemps organisé autour des socialistes locaux.
Le véritable enjeu : qui fait société dans nos campagnes ?
En Ariège, comme dans de nombreux territoires ruraux, les liens entre classes populaires et petite bourgeoisie locale sont étroits. C’est même un élément constitutif de notre histoire, depuis les maîtres de forge.
Salariés des petites entreprises, artisans, commerçants, exploitants agricoles ou petits entrepreneurs partagent souvent les mêmes lieux de vie, les mêmes réseaux de sociabilité et, parfois, les mêmes représentations du monde. Dans les très petites entreprises agricoles ou artisanales, les rapports de travail demeurent souvent profondément personnalisés.
Là où les structures collectives de sociabilité sont faibles, ces relations peuvent progressivement fabriquer une « opinion moyenne » toujours caricaturale, mais présentée comme du simple bon sens ou de la modération, alors même qu’elle ouvre inéluctablement la voie à la banalisation des idées les plus réactionnaires.
Dans ce processus, certaines figures locales jouent un rôle déterminant : cafetier, président d’une société de chasse, artisan reconnu, agriculteur influent. Leur parole pèse. Parce qu’elle est locale, familière, incarnée, elle bénéficie d’une légitimité particulière.
À travers les idées reçues déjà évoquées, des représentations de droite et d’extrême droite se banalisent jusqu’à devenir la norme sociale locale.
Les dernières élections municipales en Ariège ont montré comment se constitue un véritable « bloc rural » : socialement divers, mais idéologiquement soudé autour de représentations volontairement simplificatrices. D’où ces listes « carpes et lapins », rassemblées sous la bannière apparemment apolitique du « nous, on ne fait pas de politique ». Attention, danger : quand on dit « nous, on ne fait pas de politique », on tente de se cacher derrière son petit doigt.
Car ne pas faire de politique n’a jamais empêché de faire de la politique. Et c’est toujours la politique de l’extrême droite.
Ce processus est d’autant plus préoccupant qu’il s’inscrit en Ariège dans un département où existe historiquement une tradition d’extrême droite qui s’est tragiquement illustrée, et pas seulement pendant la Collaboration. Aujourd’hui, cette extrême droite cherche à utiliser les structures locales, les réseaux associatifs, les espaces de sociabilité, ainsi parfois que des structures festives, pour encadrer progressivement la société civile.
Elle entend tirer les marrons du feu d’une situation où « le haut ne peut plus et le bas ne veut plus ».
Ce bloc rural est particulièrement dangereux. Il peut être combattu. Et il doit l’être.
C’est tout le sens de notre candidature.
Reconquérir les campagnes par l’émancipation
Nous voulons rassembler toutes celles et tous ceux qui se sont reconnus dans la dynamique du Nouveau Front populaire.
L’antifascisme urbain dispose souvent d’organisations structurées et de réseaux anciens. Dans les territoires ruraux, les initiatives existent, mais elles restent dispersées. Elles manquent de moyens, de relais et peinent à se constituer en réseau.
C’est précisément là que doit intervenir un sénateur, élu des territoires : relier les forces, favoriser leur coopération et mettre son mandat au service de toutes les dynamiques d’émancipation des classes populaires rurales.
La lutte contre l’extrême droite ne se gagnera pas uniquement dans les grandes villes. Elle se gagnera aussi dans les villages, les bourgs, les quartiers ruraux, les associations, les entreprises, les exploitations agricoles et tous les lieux où se construit aujourd’hui l’opinion.
Grâce au travail de La France insoumise et à une mobilisation citoyenne historique, la loi dite « Duplomb », qui favorisait l’industrialisation de l’agriculture, a été partiellement censurée par le Conseil constitutionnel. Nous nous engageons pleinement contre sa nouvelle mouture, dite «Duplomb 2», qui constitue un véritable permis de tuer le vivant et une remise en cause de toute gouvernance équilibrée de la ressource en eau. D’ores et déjà, le Conseil constitutionnel a à nouveau été saisi.
Élu sénateur, je proposerai immédiatement une loi de sanctuarisation de la nappe phréatique, en Ariège comme ailleurs. Car l’eau n’est déjà plus une question pour demain : elle est devenue une question de survie pour nos territoires.
Nous défendons un projet cohérent pour les campagnes.
Combattre l’extrême droite, c’est d’abord garantir ce qui permet de vivre dignement au pays : maintenir les services publics, renforcer l’école, garantir l’accès aux soins et notamment aux médecins spécialistes, aujourd’hui si difficiles à trouver.
Combattre l’extrême droite, c’est ensuite construire tout ce qui peut rassembler autour de la culture, de la fête locale qui permet de se retrouver pour faire corps ensemble entre locaux et résidents secondaires.
Il n’y a pas de République réelle sans services publics.
C’est une priorité pour les habitants des territoires ruraux. C’est une priorité pour l’Ariège, qui refuse de devenir un « territoire perdu de la République ».
Notre département doit au contraire être placé au cœur de la grande bifurcation écologique et disposer des outils nécessaires pour reprendre le contrôle de son propre destin.
Le projet communaliste porté pour les élections municipales de 2026 va dans le même sens : redonner des moyens et du pouvoir aux maires, qui sont les élus de proximité, alors que plus de 20 000 communes françaises ne disposent plus d’aucun commerce de proximité.
Redonner du pouvoir aux communes, c’est redonner du pouvoir aux habitants.
Cesser d’opposer les villes et les campagnes
Nous refusons également une autre idée reçue : celle qui oppose artificiellement les luttes urbaines aux combats ruraux.
Les habitants des quartiers populaires et ceux des campagnes partagent une même réalité : disparition des services publics, difficultés de transport, éloignement des administrations, accès insuffisant à la culture et aux soins.
Mais les campagnes ont aussi leurs réalités propres : un rapport particulier au territoire, des formes spécifiques de solidarité et un fort sentiment d’appartenance.
Nous savons ce que vivent les enfants des campagnes contraints de partir étudier ou travailler en ville. Pour beaucoup, cet éloignement ressemble à un exil. Ils découvrent des quartiers anonymes où l’isolement et la précarité peuvent remplacer les solidarités auxquelles ils étaient habitués.
Et pourtant, ils ont parfois déjà été contraints de partir chaque jour, par les fermetures successives de classes qui tiennent lieu de politique éducative.
Nous devons faire en sorte que l’Ariège ne détienne plus le triste record du plus faible taux de réussite, tant au brevet des collèges qu’au baccalauréat.
Mais vivre au pays ne signifie pas se replier sur soi.
Vivre au pays peut être un choix. Un choix positif. Avec moi, c’est un choix d’avenir.
C’est particulièrement vrai dans les territoires de montagne. Le mouvement d’installation perceptible depuis la crise du Covid constitue une chance historique qu’il faut saisir. Il peut contribuer à inverser notre rapport à la métropole toulousaine et à faire de l’Ariège non pas un territoire périphérique, mais un territoire où l’on choisit de vivre, de travailler, d’entreprendre et d’élever ses enfants.
Les campagnes ne sont pas l’arrière-pays des métropoles
Les métropoles ont trop souvent l’illusion de pouvoir vivre indépendamment de leur arrière-pays.
C’est une illusion.
Elles dépendent chaque jour des campagnes, qui produisent notre alimentation, une partie de notre énergie et accueillent une part essentielle des infrastructures indispensables aux grandes villes.
Le poids politique des agriculteurs, pourtant très minoritaires dans la population active, témoigne de cette réalité.
Le bassin de la Garonne lui-même a un besoin vital de la réserve en eau de l’Ariège.
Les femmes et les hommes qui travaillent la terre gèrent aujourd’hui près de la moitié du territoire français. Ils ne doivent pas être considérés comme une population à défendre à la marge : ils doivent être au cœur de toute stratégie de transformation sociale et écologique.
L’avenir agricole est donc un enjeu majeur.
En Occitanie, l’âge moyen des agriculteurs dépasse 52 ans et près de la moitié partiront à la retraite d’ici 2030. Le renouvellement des générations est une urgence.
Or six candidats à l’installation sur dix ne sont pas issus du monde agricole.
Leur réussite suppose une véritable hospitalité professionnelle et territoriale, libérée des logiques corporatistes. C’est une condition de la transmission de nos terres, mais aussi de notre souveraineté alimentaire.
Le réservoir démocratique est là
Il faut enfin regarder en face une réalité déterminante : les campagnes, comme les quartiers populaires, sont de grands réservoirs d’abstention.
Leur mobilisation sera décisive lors des prochaines échéances électorales.
Selon l’INSEE, la ruralité représente un tiers du corps électoral. En 2024, près de 44 % des électeurs ruraux se sont abstenus.
Ce potentiel démocratique est immense.
La droite et l’extrême droite parlent des campagnes. Elles prétendent les défendre. Elles occupent le terrain.
Nous ne pouvons pas leur abandonner ce terrain.
Nous devons mettre un terme au désaveu de nos institutions en Ariège comme ailleurs. Cela passe par un renouvellement profond des pratiques politiques pour encourager la transparence, réformer les procédures de contrôle, renforcer les sanctions notamment en cas de malversation financière, développer l’envie des citoyens de s’engager pour reprendre en main notre destin collectif.
C’est à ce prix que nous ramènerons les électrices et les électeurs aux urnes, mais aussi que nous leur redonnerons envie de participer, de s’engager et de reprendre en main leur destin collectif.
Car la démocratie ne se résume pas au jour du vote.
Elle se construit dans les communes, dans les associations, dans les syndicats, dans les luttes, dans les services publics, dans les entreprises, dans les exploitations agricoles et dans tous les lieux où des femmes et des hommes décident de ne plus subir.
C’est cela, la rénovation démocratique que nous appelons de nos vœux.
Pour y parvenir, il faudra cesser de mépriser les campagnes et de les considérer comme des territoires à conquérir électoralement. Il faudra au contraire reconnaître leur singularité, leur dignité et leur capacité à inventer un autre avenir.
Mouvement social et engagement politique doivent avancer ensemble. Sans se confondre, ils doivent se renforcer mutuellement.
Tel le sens de ma candidature :
• reprendre le terrain abandonné ;
• reconstruire la confiance ;
• faire de la ruralité non plus le terrain de chasse de l’extrême droite, mais l’un des lieux de la reconquête populaire, sociale, écologique, démocratique et fraternelle.
L’Ariège n’est pas condamnée à subir.
Dans ce scrutin sénatorial, elle peut choisir son avenir.
Et c’est ici et maintenant que je propose de le construire.
François LAFON
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