FRANÇOIS LAFON & MARTINE CRESPO
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ÉLECTIONS SÉNATORIALES 2026

LAFON 2026 - ÉLECTIONS SÉNATORIALES EN ARIÈGE
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Écorégions : et si l'on gouvernait enfin à l'échelle de l'eau ?

Photo d'un paysage de montagne.

Une frontière administrative n'a jamais arrêté une sécheresse.

Cet été encore, sur l'axe Garonne, les préfectures ont dû arbitrer dans l'urgence : lâchers anticipés par dérogation, restrictions généralisées, et surtout un renoncement lourd de sens — l'objectif n'est plus de tenir les débits nécessaires à la vie du fleuve, mais de garantir l'eau potable jusqu'à la fin de l'étiage. À l'échelle du bassin Adour-Garonne, le déficit se situe déjà autour de 200 à 250 millions de m³ en période d'étiage ; sans bifurcation, il pourrait atteindre 1 à 1,2 milliard de m³ d'ici 2050.

Autrement dit : nous gérons une crise structurelle avec des outils d'exception, département par département, arrêté par arrêté. Ce n'est pas un défaut de bonne volonté des élus ni des services. C'est un défaut d'échelle.

Ce que propose l'écorégion

Lors du meeting du 7 juin 2026, Jean-Luc Mélenchon a annoncé que les régions seraient « restructurées autour des grands bassins-versants ». Le travail est piloté par la députée Claire Lejeune et le député Gabriel Amard : il s'agit de remplacer les treize régions issues de la loi NOTRe par une vingtaine d'écorégions — l'hypothèse de travail tourne autour de 23 ou 24 — dont les limites épouseraient les sous-bassins hydrographiques. Le périmètre exact n'est pas figé ; les auditions se poursuivent et les arbitrages seront versés au programme présidentiel à l'automne.

Le raisonnement est simple. Les régions de 2015 ont été taillées pour l'attractivité et la compétitivité face aux métropoles européennes. Elles sont efficaces pour cela. Elles sont structurellement inadaptées à autre chose : préserver l'eau, le sol et l'air. On ne planifie pas la réparation du vivant avec une carte dessinée pour la conquête de parts de marché.

L'héritage du biorégionalisme : habiter, coopérer, autogérer

L'idée n'est pas née d'un tableur. Elle vient du biorégionalisme, courant de pensée initié dans les années 1970 par Peter Berg et Raymond Dasmann, pour qui une biorégion renvoie « autant à un lieu qu'aux idées » développées sur les manières d'y vivre. Une biorégion n'est pas un zonage technique : c'est un espace de vie défini par des frontières naturelles plutôt que politiques, à l'échelle d'un bassin versant ou d'un sous-bassin.

Mathias Rollot en résume les trois principes : habiter, coopérer, autogérer. Politiquement, cela signifie une décentralisation radicale, avec une place centrale donnée à la participation et à la cartographie partagée ; économiquement, une articulation équitable entre urbain et rural, longtemps sacrifié dans les logiques d'aménagement du XXe siècle ; culturellement, une appartenance qui inclut le non-humain.

Face au paradigme dominant — échelle mondiale, économie de profit, pouvoir centralisé, société polarisée — le paradigme biorégional propose l'échelle du territoire vécu, la coopération, un modèle politique différencié et complémentaire. L'écorégion c'est cette intuition traduite en institution républicaine.

Photo d'un lac de montagne.

Focus : le bassin de la Garonne, quatre écosystèmes indissociables

Environnemental

De la Maladeta aux passes à poissons de l'estuaire, le bassin forme un système unique : nappes alluviales solidaires des rivières, soutien d'étiage par lâchers de barrages pyrénéens, plus de 640 millions de m³ de réserves artificielles mobilisées chaque été. Ce système ne connaît ni limite départementale ni limite régionale.

Économique

Agriculture irriguée de la moyenne Garonne, refroidissement industriel et nucléaire, hydroélectricité pyrénéenne, tourisme, forêt, eau potable de centaines de milliers d'habitants : tous ces usages puisent dans la même ressource, mais sont décidés dans des enceintes séparées. L'écorégion permet de construire des filières cohérentes — bois, alimentation, énergie, gestion forestière et prévention incendie — et donc des emplois de qualité, non délocalisables. L'écologie n'est pas l'ennemie de l'emploi : c'est aujourd'hui la seule stratégie d'emploi qui tienne dans la durée.

Social

Chaque été, la question qui n'est jamais posée démocratiquement est : qui restreint-on, et au bénéfice de qui ? L'arbitrage entre irrigation, industrie, tourisme et eau potable est un choix de société. Il est aujourd'hui rendu par arrêté, sous contrainte, dans l'urgence. Il devrait être délibéré, à froid, par des élus responsables devant leurs habitants.

Politique

Le bassin existe déjà comme périmètre de gestion — agence de l'eau, comité de bassin, SDAGE, SAGE. Mais il est dépourvu de contenu démocratique : ces instances ne sont pas élues au suffrage universel. L'écorégion ne crée pas un périmètre nouveau : elle donne enfin une légitimité électorale à un périmètre qui fonctionne déjà.

Pour l'Ariège, l'enjeu est direct

Le Couserans, le Salat, l'Arize, la Lèze, l'Hers, l'Ariège : nous sommes en tête de bassin. Nous produisons l'eau dont dépend l'aval — sans avoir voix au chapitre sur son usage. Dans une écorégion Garonne, les têtes de bassin cessent d'être des périphéries d'une métropole pour devenir des acteurs stratégiques du système.

Trois objections, trois réponses

« Encore une couche au millefeuille. » Non : une substitution. Les écorégions remplacent les régions de 2015, avec des compétences et une fiscalité propres consacrées à la planification écologique.

« Cela éloigne le citoyen. » L'inverse. Le projet s'appuie sur un renforcement de la commune, sur l'élaboration ascendante des plans et sur un diagnostic territorial construit avec les habitants — pas sur une expertise descendante.

« Le périmètre n'est pas tranché. » C'est exact, et c'est assumé. Toute cartographie est un acte symbolique autant que technique : elle doit se discuter, pas se décréter depuis un bureau parisien. Raison de plus pour que les élus locaux s'en saisissent maintenant.

Le 27 septembre, vous votez pour une conception du territoire. Les grands électeurs sont à 95% des délégués des conseils municipaux. En Ariège comme dans 62 autres départements de la série 2, le siège sénatorial se joue le 27 septembre 2026, au scrutin uninominal. Le Sénat représente les collectivités territoriales. Il sera donc l'assemblée décisive lorsqu'il faudra débattre de leur redécoupage écologique. Nous vous invitons à poser une question simple à chaque candidat : êtes-vous prêt à ce que la préservation de l'eau, du sol et de l'air devienne la mission première de nos institutions territoriales ?

Le mur climatique est devant nous. La climatisation face à la canicule n'est pas une adaptation  c'est une fuite en avant. L'écorégion, elle, propose autre chose — atténuer, réparer, et redonner aux habitants d'un bassin le pouvoir de décider de ce qui les fait vivre.


Martine Crespo



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