L’eau de l’Ariège n’est pas à vendre !
Eau, agriculture, industrie, tourisme, gravières : l’Ariège doit reprendre le contrôle de ses ressources et décider elle-même de son avenir
Préserver la ressource en eau en Ariège constitue l’un des enjeux cardinaux de la défense de notre département. C’est une question de souveraineté, d’aménagement du territoire et, demain plus encore qu’aujourd’hui, de survie économique et sociale.
Or force est de constater qu’une situation de gaspillage organisé de cette ressource domine désormais, alors même que l’eau n’est toujours pas considérée à la hauteur de ce qu’elle est : un bien commun indispensable à la satisfaction des besoins vitaux les plus élémentaires. Pis encore, sa gestion échappe progressivement au contrôle des Ariégeois, au profit d’intérêts qui ne sont pas ceux de notre territoire.
Qu’on en juge !
Qu’il s’agisse des usages agricoles, industriels, touristiques ou, plus directement encore, de l’alimentation en eau des populations, les questions qui se posent sont considérables. Elles appellent non pas quelques ajustements à la marge, mais un changement radical de paradigme.
L’eau a fait la richesse de l’Ariège. Elle ne doit pas servir à organiser son déclin.
Historiquement, la richesse en eau a été l’un des moteurs essentiels du développement industriel de l’Ariège. Sans même remonter aux forges, qui ont tiré parti de l’abondance du minerai de fer, il suffit de se souvenir de l’aluminium et de l’électrométallurgie qui firent la prospérité de la vallée de l’Ariège et du Sabarthès, de la fabrication du papier dans le Couserans ou encore du textile dans le pays d’Olmes.
Cette histoire industrielle est aujourd’hui réduite à peau de chagrin.
L’exemple des Forges de Niaux est à cet égard particulièrement révélateur : les pérégrinations récentes de cette entreprise ont tragiquement démontré l’incapacité des décideurs locaux à garantir le maintien d’une activité industrielle stratégique sur le territoire de la Haute-Ariège.
Il ne subsiste pratiquement plus rien de cette puissance industrielle, à l’exception notable de l’hydroélectricité, du Lassur à L’Hospitalet, en passant par l’Aston et jusqu’à Soulcem.
Et pendant que notre industrie disparaît, d’autres usages de l’eau sont désormais privilégiés.
Est-ce réellement le modèle de développement que nous voulons pour l’Ariège ?
Sortir de la fuite en avant touristique
Il y a d’abord l’usage touristique, qui repose encore largement sur l’exploitation hivernale de « l’or blanc ».
Cette politique relève manifestement d’une vision à courte vue. Elle mobilise des financements publics considérables pour maintenir artificiellement un modèle économique dont la vulnérabilité face au changement climatique est pourtant chaque année plus évidente.
La création d’un syndicat des stations de montagne ariégeoises est présentée comme une mutualisation accrue des moyens. Mais mutualiser les moyens ne saurait tenir lieu de stratégie. On ne construit pas l’avenir d’un territoire en repoussant sans cesse les échéances.
Pourquoi continuer à investir dans un modèle dont l’horizon politique semble s’arrêter à 2040 ? Pourquoi accepter que le tourisme de montagne repose principalement sur des emplois saisonniers, précaires et dépendants d’un enneigement de plus en plus incertain ?
L’Ariège mérite mieux qu’une économie sous perfusion et des emplois précaires.
À cette fuite en avant s’ajoute un phénomène autrement plus préoccupant : la privatisation progressive de la ressource, notamment à travers les usines d’embouteillage.
L’eau de l’Ariège ne peut devenir une marchandise comme une autre. Ce qui est puisé dans notre sous-sol, nos sources et nos réserves appartient d’abord au territoire et doit répondre prioritairement aux besoins de ses habitants, de son agriculture et de son économie productive.
Montbel : le symbole d’une ressource détournée de sa vocation première
Le cas du lac de Montbel est particulièrement emblématique.
La retenue avait été conçue à l’origine comme une réserve agricole destinée à l’irrigation de près de 30 000 hectares. Or une faible partie seulement de ces surfaces se situe en Ariège : près des 2/3 de l’eau est destinée à l’Aude et surtout à la Haute-Garonne.
À cette vocation agricole initiale est venu se superposer un usage touristique qui exerce à son tour une pression sur la ressource.
La question doit donc être posée sans détour : qui décide de l’usage de l’eau de Montbel, au bénéfice de qui et selon quelles priorités ?
Il ne peut être acceptable que les Ariégeois supportent les contraintes, les coûts environnementaux et les conséquences de ces choix sans disposer, en retour, d’un véritable pouvoir sur la gestion de leur propre ressource.
Repenser radicalement le modèle agricole
La question agricole est tout aussi centrale.
Nous devons sortir d’un modèle qui continue de privilégier des cultures extrêmement consommatrices en eau et de plus en plus vulnérables aux évolutions climatiques.
Moins de maïs semence dont la pérennité devient chaque année plus incertaine face aux canicules à répétition !
L’agriculture ariégeoise doit être adaptée à son territoire, à ses ressources et à son climat. Cela signifie privilégier des productions moins dépendantes de l’irrigation, préserver les sols, planifier l’autonomie alimentaire en accompagnant l’adaptation des grandes structures de transformation (abattoirs, coopératives, laiteries, conserveries etc.) plutôt que d’enfermer les agriculteurs dans des modèles productifs devenus incompatibles avec les réalités climatiques.
Préserver l’eau, ce n’est donc pas opposer l’environnement à l’agriculture. C’est au contraire garantir la possibilité même d’une agriculture ariégeoise demain.
Stopper le massacre des terres agricoles par les gravières
Il faut enfin dénoncer l’immense gâchis que représentent les gravières exploitées au service de grands travaux dont la pertinence et l’impact territorial doivent être sérieusement interrogés, notamment lorsqu’elles répondent uniquement aux besoins de la métropole toulousaine.
Le mécanisme est particulièrement préoccupant.
Des terres agricoles sont transformées en gravières puis, une fois l’exploitation achevée, ces espaces sont parfois comblés avec des déchets issus du bâtiment, dont la dangerosité avérée compromet durablement toute possibilité de retour à une activité agricole rentable ou alimentaire.
Dans de nombreux cas, ces espaces sont recouverts de panneaux photovoltaïques importés, notamment de production asiatique, créant une concurrence directe avec le foncier agricole et contribuant à une industrialisation quasi-définitive des sols.
Et l’on voudrait encore étendre les gravières sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles ?
Il faut avoir une certaine conception de la cohérence politique pour prétendre simultanément protéger le foncier et multiplier les opérations qui le détruisent.
Comment peut-on sérieusement invoquer la loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN), tout en acceptant de telles transformations irréversibles de nos terres ariégeoises en ruinant tous les efforts de nos anciens élus qui ont obtenu les financements publics pour les irriguer, les remembrer et pour en assurer une grande valeur agronomique ?
Comment peut-on imposer aux communes et aux intercommunalités un véritable carcan réglementaire à travers les PLU et PLUIH, au nom de la préservation du foncier, et dans le même temps laisser se poursuivre des opérations qui contribuent à sa disparition à si vaste échelle ?
Cette contradiction doit être plus largement reconnue et dénoncée ainsi que les pratiques locales qui ont concouru à leur promotion.
Pour une véritable souveraineté ariégeoise sur l’eau
L’enjeu dépasse donc largement la seule question environnementale.
Il s’agit de savoir qui décide de l’usage de l’eau, qui en bénéficie et dans quel intérêt. Et le pire est devant nous car la nouvelle mouture de la scandaleuse loi Duplomb 2 prévoit de réduire le rôle des usagers dits « non économiques » dans les instances consultatives de l’usage de l’eau pour les confier au seul préfet de région, lequel aura en tête principalement la survie de la métropole et la production d’électricité nucléaire.
L’eau est une ressource vitale. Elle doit prioritairement servir les habitants, l’agriculture locale, l’industrie productive et l’équilibre des écosystèmes ariégeois. Elle ne peut être abandonnée aux logiques de rentabilité, aux intérêts extérieurs au territoire ou à des politiques publiques destructrices de cette ressource vitale conçues pour le court terme.
Nous devons donc reprendre la maîtrise de notre ressource, revoir les priorités, lutter contre les gaspillages et conditionner chaque nouvel usage de l’eau à sa compatibilité avec les besoins futurs du département.
L’Ariège n’a pas vocation à être le réservoir en eau, en granulats ou en foncier des métropoles voisines du grand Sud-Ouest.
Elle doit rester maîtresse de ses ressources et de son destin.
L’eau ariégeoise appartient d’abord à l’Ariège et aux générations qui viennent.
Voilà pourquoi, élu sénateur, je m’engage à œuvrer immédiatement pour faire voter une Loi de sanctuarisation des nappes phréatiques en Ariège, comme ailleurs.
François Lafon
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