FRANÇOIS LAFON & MARTINE CRESPO
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ÉLECTIONS SÉNATORIALES 2026

LAFON 2026 - ÉLECTIONS SÉNATORIALES EN ARIÈGE
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Un mandat ne se transmet pas, il se gagne.
L'Ariège mérite de choisir.

Photo montrant deux pièces de roi aux échecs, l'un blanc, l'autre noir.

Notre candidature au scrutin sénatorial est une affaire suffisamment sérieuse pour que nous nous interrogions sur ce qui sous-tend la double candidature de deux proches du Parti socialiste ariégeois. Ce n’est pas une vaine question politicienne. C’est une exigence de clarté politique. Et, accessoirement, une manière de rappeler qu’une élection sénatoriale n’est pas une partie de Monopoly entre quelques barons locaux.

Alors, reprenons les choses dans l’ordre, telles que je les ai comprises à partir des informations et des échos qui me sont parvenus. Ils ont, logiquement, nourri mon analyse d’une situation qui constitue un élément important de ce scrutin, dont nous avons déjà souligné toute l’importance.

Pour comprendre l’épisode actuel, il faut remonter à 2020, lors de la précédente élection sénatoriale. Le sénateur sortant, le socialiste Alain Duran, décide alors de ne pas se représenter. Kamel Chibli, vice-président de la Région Occitanie depuis 2014, manifeste son intérêt pour le poste, puis renonce finalement à concurrencer Jean-Jacques Michau.

Jusque-là, rien que de très banal dans une démocratie : un candidat, un autre candidat, une décision, et chacun rentre chez soi.

Sauf que, selon une version qui circule depuis lors avec une remarquable constance, les choses auraient été un peu plus… organisées. Un pacte aurait été conclu entre les deux hiérarques socialistes : Jean-Jacques Michau effectuerait un seul mandat avant de laisser la place à Kamel Chibli.

Nous ignorons évidemment ce qu’il y a de vrai dans cette histoire. Mais force est de constater qu’elle a été répétée à de nombreuses reprises pour expliquer la situation ubuesque dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui : deux candidatures issues du même univers politique, et une division qui déconcerte nombre d’élus de gauche sincèrement attachés à la démocratie et à l’intérêt de notre département.

Si ce pacte a effectivement existé, alors il mérite d’être dénoncé avec la plus grande fermeté. Car il signifierait que les maires et les délégués des conseils municipaux n’auraient plus qu’à venir, le jour du scrutin, appuyer sur le bouton « validation » d’une décision prise depuis longtemps dans quelque arrière-boutique politique.

Une sorte de démocratie en précommande.

Ce n’est évidemment pas notre conception de la vie publique. Et encore moins dans une période où la défiance démocratique est profonde. Lorsque les citoyens et les élus ont le sentiment que les décisions sont prises entre quelques initiés avant même que le vote ait lieu, il ne faut pas s’étonner ensuite que l’extrême droite prospère sur le refrain du « tous pourris ».


Une belle histoire de famille politique

Les péripéties qui ont accompagné la désignation des deux candidats sont, elles aussi, particulièrement révélatrices d’une forme de décomposition politique.

Car, au départ, force est de constater que les deux candidats ont beaucoup de choses en commun.

Tous deux ont notamment soutenu la position des deux députés socialistes ariégeois élus en 2024 au titre du Nouveau Front populaire pour faire barrage à l’extrême droite et s’opposer à Emmanuel Macron, avant que Madame Froger et Monsieur Panifous ne rejoignent le groupe LIOT.

Nous avions donc des candidats investis dans le cadre du Nouveau Front populaire, élus grâce à une dynamique de rassemblement, puis rejoignant un groupe parlementaire situé à distance de cette logique. Et, dans le même temps, aucune véritable sanction du Parti socialiste ariégeois.

Il faut croire que, dans certaines familles politiques, les règles sont parfois suffisamment souples pour permettre à chacun de les interpréter selon la météo du moment.

Cette dérive anti-LFI, devenue chez certains une sorte de boussole politique, ne doit pas faire oublier une réalité pourtant simple : sans le rassemblement du Nouveau Front populaire, ni les socialistes, ni les écologistes, ni les communistes n’auraient disposé de groupes parlementaires à l’Assemblée nationale.

Quant au combat contre l’extrême droite, il semble parfois passer derrière d’autres considérations.

Et il n’est pas inutile de rappeler qu’à cette époque, rien ne permettait vraiment de distinguer la position de la direction socialiste ariégeoise de celle de la présidence de la Région Occitanie.

Le problème est pourtant là : les électeurs qui se sont mobilisés en 2024 pour empêcher l’extrême droite de gagner et pour sanctionner le macronisme ne sont pas des figurants venus décorer le paysage électoral.

Ils ont voté. Ils ont fait confiance. Ils ont parfois pris sur eux pour participer à un rassemblement qu’ils espéraient durable.

Et qu’ont-ils vu ensuite ?

Le député de la deuxième circonscription, après avoir présidé le groupe LIOT, devenir ministre sous Emmanuel Macron. La députée de la première circonscription, après un retour plus ou moins assumé dans la maison socialiste, se retrouver rattrapée par des pratiques qu’il n’est pas nécessaire de détailler davantage ici.

Le résultat politique, lui, est parfaitement clair : à force de brouiller les lignes, de contourner les engagements et de transformer les principes en variables d’ajustement, on nourrit exactement ce que nous prétendons combattre : le « tous pareils », le « tous pourris », et finalement l’extrême droite.

Photo montrant une rose fânée sur une pierre tombale.

La démocratie selon le mode d’emploi interne

C’est dans ce climat que la fédération du Parti socialiste de l’Ariège a décidé de départager les deux impétrants par un vote des « militants ».

Disons plutôt, pour être précis, par le vote d’un nombre très limité de cadres et de militants encore actifs. Mais ne soyons pas mesquins : dans un parti en grande difficulté, chaque voix compte. Même lorsqu’il faut parfois sortir la loupe pour les compter.

La déconfiture du Parti socialiste ariégeois s’est d’ailleurs poursuivie lors des dernières élections municipales. Mais ce n’est pas ici le sujet principal.

Fort du soutien de l’appareil fédéral, Kamel Chibli s’est donc lancé dans la bataille, avec l’appui de la présidente du Conseil régional.

De son côté, la présidente du Conseil départemental soutenait Jean-Jacques Michau, en s’appuyant notamment sur un micro-parti créé avec l’ancien socialiste devenu ministre de Macron.

Et là, il faut reconnaître que le sens de la formule atteint des sommets.

Alors que Madame Delga revendiquait une « Occitanie en commun », Madame Tequi n’a pas hésité à baptiser sa structure « L’Ariège, notre avenir commun ».

Il faut parfois beaucoup d’imagination pour trouver les bons noms. Mais, en politique, il semble surtout qu’il faille beaucoup de confiance en soi pour les assumer.

Cette tambouille pourrait prêter à sourire si elle ne posait pas une question démocratique beaucoup plus sérieuse : celle de l’appropriation progressive d’une élection par des appareils et des réseaux qui semblent considérer le mandat comme une propriété transmissible.

Le plus étonnant reste d’ailleurs qu’à cette époque, alors que les deux députés élus en 2024 n’avaient toujours pas été officiellement exclus du Parti socialiste, Jean-Jacques Michau, lui, n’a pas bénéficié de la même indulgence.

Il existe décidément plusieurs façons d’être socialiste. Et, visiblement, plusieurs degrés de gravité selon la personne concernée.


Un mandat n’est pas un héritage

Disons-le donc très clairement : cette manière de concevoir une élection ne correspond en rien à notre conception de la démocratie.

Nous ne demandons pas aux élus de notre département de nous donner un blanc-seing.

Nous leur proposons un projet pour l’Ariège, avec des choix, des priorités et des orientations claires. Chacun est parfaitement libre de les approuver, de les discuter ou de les contester.

Mais nous refusons catégoriquement l’idée selon laquelle un mandat pourrait être considéré comme une sorte de propriété privée que l’on se transmettrait à échéance régulière, au gré d’un accord passé entre quelques responsables politiques.

Un mandat électif n’est ni un héritage, ni une rente, ni une carte de fidélité.

Il appartient à ceux qui le confient : les électeurs.

Et, dans le cas qui nous occupe, aux maires et aux délégués des conseils municipaux qui vont être appelés à voter.

C’est précisément pour cette raison que nous refusons les arrangements de couloir, les pactes supposés, les jeux d’appareil et les stratégies de succession qui donnent le sentiment que le scrutin ne serait finalement qu’une formalité destinée à ratifier une décision déjà prise.

Ce n’est pas ainsi que l’on répond à la crise démocratique.

C’est exactement l’inverse.

Car lorsque la politique devient un jeu de chaises musicales entre responsables qui se distribuent les rôles à l’avance, il ne faut pas s’étonner que les citoyens finissent par quitter la salle.

Et lorsque les citoyens quittent la salle, d’autres ne tardent jamais à y entrer.

Nous l’avons dit dans nos premiers documents de campagne et nous l’avons répété dans nos prises de position publiques : la crise démocratique ne se combattra pas par davantage d’opacité, de petits arrangements et de mandats considérés comme des prérogatives personnelles.

À cet égard, les deux candidats dont nous parlons rejoignent malheureusement ce que Johann Chapoutot, dans un autre contexte, appelait les « irresponsables ».

Car au-delà de leurs différences, ils finissent par se retrouver sur un point essentiel : une même conception verticale de la politique, dans laquelle les électeurs et les élus locaux sont invités à suivre, plutôt qu’à décider.

Or les élus qui voteront lors de ce scrutin ne sont pas des figurants.

Ce sont des maires, des adjoints, des conseillers municipaux. Des femmes et des hommes qui, souvent avec des moyens dérisoires, dans des communes rurales parfois confrontées à des difficultés considérables, font vivre quotidiennement la République.

Ils méritent mieux qu’un scénario écrit à l’avance.

Ils méritent mieux que des successions organisées en coulisses.

Ils méritent mieux que de devoir choisir lequel des héritiers désignés par les appareils doit récupérer le fauteuil.

Ils méritent qu’on leur parle franchement.

Et surtout, ils méritent qu’on leur fasse confiance.

C’est précisément le sens de notre candidature : ne pas considérer l’Ariège comme un territoire à gérer depuis quelques arrière-salles politiques, mais comme un département dont les élus doivent être respectés et dont la voix doit être entendue.

Parce qu’un mandat sénatorial ne se transmet pas.

Il se mérite. Il se discute. Et, surtout, il se gagne.


François LAFON



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