Lettre de candidature

Chères et chers collègues, parlementaires, conseillers régionaux, conseillers départementaux, maires et délégués des conseils municipaux,

Le 27 septembre prochain, tous ensemble, nous élirons la nouvelle sénatrice ou le nouveau sénateur de notre beau département. C’est une très grande responsabilité dans une conjoncture qui annonce une tempête politique à l’occasion de la prochaine élection présidentielle. Chacune et chacun d’entre nous doit en mesurer pleinement les enjeux. Candidats désignés par la France Insoumise, ma colistière suppléante Martine Crespo, élue municipale à Saint-Girons, et moi-même, Maire de Lercoul (petite commune de montagne de la Haute-Ariège), nous affichons haut et clair notre volonté de combattre l’extrême-droite sur le plan national comme sur le plan local. C’est l’engagement cardinal dans cette campagne car c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu. C’est aussi l’engagement d’une longue vie militante.

Pour vaincre l’extrême-droite il faut frapper à la racine : en finir avec la monarchie présidentielle et ouvrir la voie à la 6e République. L’élection d’une assemblée constituante n’est pas une option, c’est une nécessité. Il faut rendre le pouvoir au peuple réellement, pleinement, durablement. Les communes doivent rester le cœur battant de la démocratie de proximité. Or en Ariège comme ailleurs, dans les territoires ruraux et de montagne, elles sont dépossédées, affaiblies, reléguées au profit d’intercommunalités toujours plus vastes, toujours plus opaques, toujours plus éloignées, qui détiennent la manne financière. Pendant longtemps le Conseil général, devenu départemental, a fonctionné à la manière d’un tiroir-caisse. Les citoyens n’acceptent plus que des décisions qui bouleversent leur quotidien soient prises loin d’eux, sans eux, parfois contre eux. Ce qu’ils vivent n’est pas un malaise diffus : c’est une confiscation démocratique. Cette confiscation a des conséquences concrètes, brutales, visibles : recul des services publics, privatisations, abandon des territoires, déserts médicaux, démantèlement du bien commun. C’est sur ces ruines que l’extrême droite prospère. Elle travestit la colère populaire et se fait passer pour la protectrice de ceux que le système abandonne. Voilà sa méthode : exploiter la souffrance, détourner la colère, diviser le peuple.

À cela nous répondons : Non, mille fois non ! La France est forte de l’union de tous ses citoyens, de toutes celles et de tous ceux qui se reconnaissent dans ses valeurs universalistes. « Liberté, Égalité, Fraternité » ne se réduisent pas à des mots d’ordre inscrits aux frontons de nos mairies qu’on ne répèterait qu’à la manière d’un rituel. Élus au Sénat, nous nous engagerons pleinement dans le combat républicain pour que notre patrie demeure envers et contre tout celle des droits de l’homme et non pas seulement de sa déclaration.

Face au dérèglement climatique l’impréparation chronique tient lieu de politique : la canicule tue, les incendies ravagent. Livrée au marché la gestion de l’eau, qui devrait relever du bien commun, est un désastre dans les villes comme dans les campagnes, avec pour bilan des réseaux vétustes et des ressources gaspillées. À cela s’ajoute le renoncement à une agriculture tournée vers la souveraineté alimentaire et des grands travaux inutiles ou nuisibles. Tout cela révèle la même faillite, celle d’un système incapable de penser la rupture indispensable. Il faut une bifurcation écologique radicale ici et maintenant, à tous les niveaux, du national au local. En Ariège comme ailleurs il est temps de tout reconsidérer pour partir des besoins réels de la population et non des appétits du profit financier. La réorganisation de l’État et la révolution citoyenne doivent remettre au cœur l’exigence de proximité démocratique. La commune et le département en sont les échelons primordiaux mais il faut revoir aussi de fond en comble le processus de régionalisation en proposant un nouveau découpage administratif des territoires qui s’appuie sur des réalités géographiques et s’inspire des principes du bio-régionalisme.

Enfin l’urgence sociale, dans les villes comme dans les campagnes, caractérise dramatiquement les conditions de vie de nos concitoyens de plus en plus précarisés au point de ne pas pouvoir boucler les fins de mois. Parallèlement, ce qui servait historiquement à assurer la promotion sociale, comme l’école, se contente désormais de reproduire la société à l’identique quand elle n’en aggrave pas les inégalités. Les besoins les plus élémentaires (se loger, manger à sa faim, se soigner) sont devenus autant d’obstacles de plus en plus difficilement franchissables. La scandaleuse inégalité fiscale accroit la frustration tandis que les questions importantes de sécurité sont jetées en pâture en les réduisant à la question du maintien de l’ordre sans jamais aborder la nécessaire cohésion sociale.

Voilà pourquoi nous prenons devant vous l’engagement de défendre l’avenir de l’Ariège en soutenant les priorités suivantes :

Bref, tous ensemble, ayons une grande ambition pour l’Ariège.

Un dernier mot, chères et chers Collègues. Dans ces circonstances, la campagne sénatoriale que nous mènerons vise à soutenir ces priorités avec clarté, constance et détermination, à l’échelle de notre département. Je le ferai avec humilité, en vous écoutant et avec franchise, car la gravité du moment l’exige. Il est préoccupant de voir certains candidats davantage absorbés par leurs intérêts propres que par le combat indispensable contre l’extrême-droite, au point de recourir à la division, à l’inquiétude et à l’altération du débat public plutôt que d’affronter lucidement le danger qu’elle représente. Plus regrettable encore est l’attitude de ceux qui se réclament du socialisme tout en en détournant l’héritage comme si un nom, si noble soit-il, pouvait servir d’étiquette électorale sans engagement fidèle envers les principes qu’il porte.

Soyez assurés, Mesdames et Messieurs les parlementaires, les conseillers régionaux et départementaux, les maires et les représentants des conseils municipaux, de notre plus parfait dévouement pour faire de notre département notre bien commun.


François LAFON